lundi, décembre 04, 2006

MAIS QUE FOUTENT LES EDITEURS (Part 4)?


« Le livre se présente comme une partition sonore à déchiffrer. Il est entièrement composé de fragments de dialogues, de micro-textes formant un continuum de « voix flottantes », qui se rencontrent puis se séparent, d’une manière qui semble à priori aléatoire » (…) Rien qu’un flux ininterrompu de paroles. Et paroles comprend ici les bafouillages, les répétitions et redondances, tout le cambouis de la machine langagière que l’écrivain d’ordinaire élimine mais qui est ici impitoyablement capté et enregistré. Jamais le texte n’indique quel personnage parle. tel un décrypteur de codes, le lecteur doit apprendre à repérer lui même qui parle, il parvient ainsi à détecter peu à peu l’ordre enfoui qui structure ce chaos – à moins qu’il ne fasse qu’imposer du dehors à ce chaos un ordre artificiel. L’effort de déchiffrement exigé du lecteur le fait participer du même coup à ce qui est la thématique même du livre. »

« Mais au fur et à mesure que l’investigation avance augmente de manière quasi exponentielle le nombre de lieux, de groupes humains, d’institutions ayant par un biais ou par un autre une connexion avec elle. A un moment – et c’est le vrai sujet du livre – Cartwright doit reformuler son épistémologie. Sa quête linéaire n’a cessé de traverser divers ensembles, divers groupes, divers système : la question n’est plus de savoir qui ou pourquoi, mais de penser et analyser le tout de manière « systémique ». Dans un tel système, tout se recoupe, tout revient en boucle, tout est interdépendant. »

Pardonnez-moi de citer assez longuement ces deux extraits de ce cher Petillon, successivement consacrés à Gaddis et à McElroy, mais on ne peut mieux introduire à mon sens Evan Dara qu’en y posant, sans les visser et encore moins les sceller, ces deux grilles de lectures relativement adaptées à The Lost Scrapbook.

Œuvre néo-Gaddissienne par excellence (je n’en vois pas d’autres), Evan Dara ajoute aux recherches du Maitre un sens de la structure quasi beethovenienne qui rend passionnante la construction de son intrigue, à travers ses thèmes et variations, son sens de la fugue. Architecture symphonique remarquable et unique, qui rend comme nulle autre le propos de Dara – une pollution de tous les instants de monologues qui s’imbriquent, se répondent, se confondent, se brisent en milieu de phrases, mais aussi celle d’une ville dont tous les habitants sont contaminés suite à une pollution chimique (Gain de Richard Powers reprenant ensuite un argument parfaitement identique). Multiples sont ainsi les entrées à cette oeuvre monstre, de la communauté à l’isolement, de la contamination à la pureté, de la nature à la science, de la collectivité à l’individu. Une œuvre indispensable, à la force et à la beauté indéniable. Qu’on s’engage au moins à la publier si les verts gagnent les prochaines élections…ca ne mange pas de pain !

P.s : Pour corser la chose, sachez que depuis la publication en 1998 de The Lost Scrapbook, Evan Dara (c’est un pseudo) n’a plus rien publié – selon la rumeur il vit à Paris. Enfin un lien pratique pour ceux qui voudraient entreprendre l’ascension : http://members.aol.com/russillosm/tls.html

1 Comments:

Blogger François Monti said...

J'ai trouvé un titre alternatif à cette série: "Mais où est la carte de crédit de Fausto??". A la lecture du billet, j'ai immédiatement commandé le livre (ainsi que ceux de Wentz et Dodge, cités par ailleurs). Je ne vous remercie pas, Pugnax.

(Je vous ai envoyé un mail sur l'utilisation des liens)

1:04 AM  

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