lundi, février 05, 2007

AGAINST THE DAY


Le problème quand on ferme un nouveau Pynchon, c’est le temps qu’il faut pour redescendre de la montagne – et regarder à nouveau la production littéraire courante avec indulgence, recréer l’illusion. De là-haut, la perspective n’est en effet guère encourageante. Victimes collatérales – comme après la lecture de chaque grand livre, les vingt livres que vous ouvrez ensuite. L'impression d'aller bavarder avec les peintres de la place du Tertre après une expo Bacon. Un long échauffement est nécessaire avant de retrouver le moindre intérêt à la lecture de ses contemporains. Reste la solution d’ouvrir une autre grande œuvre – puis une autre, puis une autre, fuite en hauteur qui est sûrement la seule issue convenable – ou bien la série de polars à trois balles avant de retourner, à petits pas, vers ce qui montre la moindre prétention.
Mettons donc sur le compte de Pynchon (sans guère d’illusions toutefois) cette difficulté ces derniers mois à trouver la moindre voix singulière, atypique, résonante venue d’outre-Atlantique. Il y a bien des choses en dehors des sentiers battus, certes – des terrains balisés : le roman absurdiste, fait pour le 100 mètres, pathétique en longue distance, trop souvent anecdotique ; le roman concept, incapable de s’évader de son idée maîtresse et de ses structures encombrantes, les starting-blocks lui collent aux pieds ; le roman monstre qui vous gave au bout de cent pages, c’est l’oie qui passe dans l’entonnoir, etc, etc.
Finalement, et contre toute attente, les choses les plus « séduisantes » de ces dernières semaines sont hexagonales (Cadiot, Jauffret, Celine Minard, voire Antoine Bello). Curieux changement de perspectives. Against the Day.

P.S : Cher Fausto – Aller écouter Gass en lecture à Paris, lire la traduction de Claro (le Rodin de la trad ?) du Tunnel, finir le séjour en allant voir Inland Empire. Parfait. Mais après ?

2 Comments:

Anonymous Meido* said...

Cela m'a fait le même effet lorsque j'ai terminé de lire Gravity's Rainbow il y a quatre ans. La même impression que lorsque j'ai laissé tomber la littérature de jeunesse à la fin de l'école primaire. Je n'ai rien lu du tout pendant deux ou trois mois après la baffe—en fait, jusqu'à que j'ai cessé de rêver de ce bouquin. Je crois qu'il s'est glissé sous ma peau.

Je suis contente d'avoir trouvé votre blog, les amateurs de littérature américaine contemporaine ne courant pas les rues de notre contrée. Merci Pugnax !

8:16 AM  
Blogger Fausto Maijstral said...

Après? Se jeter dans la Seine? Paris est une ville dans laquelle je ne me sens pas bien, donc peut-être n'est ce pas qu'une plaisanterie. J'ai cherché en me promenant dans la ville pendant trois heure ce matin même les raisons de ce malaise, sans trouver plus, en guise de réponse, que des bribes insatisfaisantes. Pour me calmer, j'ai fait les libraires. Après? Lire donc. Lire plus. Lire moins d'américains - oui, cette théorie du Pynch' qui affadit les reste de la production US explique peut-être ma lecture actuelle plutôt hispanique ou germanique. Mais après? Voir si Mailer s'est planté comme tout le monde le (pré)disait. Mais après? je ne sais pas.
Gass était brillant.Tout simplement. J'ai apprécié pouvoir échange quelques mots avec Claro. J'ai regardé mais n'ai pas vu un chien qui aurait pu être celui du ballon. Pugnax était-il dans les parages?
Quant à Inland Empire, une autre fois - mais j'irai.

10:40 AM  

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