jeudi, octobre 19, 2006

REBELLES CARNIVORES


Un monde ou l’horreur, le monstrueux et le quotidien cohabitent en sympathie. Une famille comme les autres. Le père, un politicien corrompu, est en prison. Le fils, ex star du petit écran, est à la ramasse depuis qu’il ne double plus le rat qui l’a rendu célèbre. La mère, elle est digne de celle de Requiem for a dream, addict aux tranquillisants, toute la journée devant la télé, le visage rongé par les tics. Heureusement, il y a Chagwa, un monstre sorti d’on ne sais ou qui, à la façon de Lunar Park, sème une terreur mondaine en ville et hante, inconscient incarné (comme on le dit d’un ongle), le quotidien de cette famille en décomposition. Le surnaturel, l’inquiétant, les monstres sont partout, ils se glissent comme si de rien n’était au milieu d’un roman qui tient à tout pris à rester réaliste, semblent appartenir à une normalité et à un quotidien suffisamment monstrueux pour qu’on ne les remarque pas plus que cela, avant de soudain, provoquer un changement de ton aussi brutal qu’inattendu, la comédie déjantée et étrange se faisant soudain inquiétante, sordide, macabre. Carnivore’s Diet, de Julia Slavin, un premier roman malade à ne surtout pas manquer.

Hier, Michael Drinkard nous livrait avec Disobediance le meilleur roman sur la Californie depuis Vente à la Criée et Déjà Mort, l’histoire d’une famille, depuis la création d’une plantation d’orange au dix-neuvième siècle par une grand mère borgne, ex strip-teaseuse dont le mari, impuissant, fertilise la vallée à défaut de fertiliser sa moitié, jusqu’au milieu du XXIème siècle. Une merveille qui nous contait l’histoire de la Californie, détaillant toutes les techniques de plantation, n’oubliant ni les hippies ni la cocaine, multipliant les formes et les structures avant de verser dans une science fiction de bon aloi. Aujourd’hui avec Rebels, turn out your dead, il post-modernise la révolution américaine en nous contant l’histoire d’une famille de fermiers, dont le père est un fumeur de pétards invétéré, partant en vrille après que le fils ait assassiné un officier anglais. Picaresque, surréaliste, énorme, cette fresque nous fait revivre le temps des colonies anglaises, des pirates et des indiens avec un ton, un style, une langue on ne peut plus moderne, violente, brutale.

Et puisqu’on parlait, il y a peu, de super héros, à suivre, le Superpowers de David J.Schwartz, l’histoire de cinq copains qui, après une soirée bien arrosée découvrent soudain qu’ils ont des supers pouvoirs. Devenir des super héros, soit, mais que faire quand il n’y a pas de super vilains ? On attend cela chez Three River Press.

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